yourtes en mongolie

Interview : Sylvain Recouras, fondateur de Horseback Adventure et Nomadays

C’est dans les paysages grandioses de la Mongolie que l’interview de la semaine nous amène. Nous sommes allés à la rencontre de Sylvain Recouras, fondateur de l’agence Horseback Adventure et du réseau Nomadays.

Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai grandi dans un petit village du Languedoc, loin du monde du voyage. Pourtant ce sont les Atlas et autres cartes qui me fascinaient quand j’étais enfant. Alors étudiant en école de commerce à Marseille, j’ai décidé en 2003 de faire une année de césure pour entreprendre un grand voyage au départ de Kathmandu au Népal. J’ai traversé le Tibet, la Chine, la Russie et l’Europe de l’Est. Mais c’est bien mon étape en Mongolie qui a scellé mon destin. J’y ai rencontré ma future partenaire professionnelle et les grandes cavalcades dans la steppe en compagnie des nomades ont été le point culminant du voyage (ma maman m’a mis sur un cheval à l’âge de 5 ans).

Je reviens en France et termine ma dernière année d’étude avant de partir pour un premier emploi à Singapour en 2004. Là je tombe définitivement amoureux de l’Asie et quand la société qui me recrute souhaite que je passe par le siège à la Défense afin de pouvoir faire carrière au sein de l’entreprise, un choix de vie s’impose à moi. Je créé l’agence Horseback Adventure en Mars 2006, pour mes 26 ans. Quatorze ans plus tard, je peux dire que je ne l’ai jamais regretté, surtout quand je regarde les 2 beaux enfants que la Mongolie m’a apporté.

Quelle est votre histoire avec la Mongolie ?

Comme beaucoup d’histoire, la mienne débute par une histoire d’amour, avec une femme du pays, et un peuple exceptionnel. J’ai eu la chance de beaucoup voyager, et je n’ai jamais connu dans un autre pays un tel sentiment d’appartenance et d’intégration, et cela dès mon premier voyage dans le pays en 2003.

Les Mongols sont exceptionnellement accueillants, festifs, et il m’a toujours été facile de m’intégrer dans la société mongole. Il faut dire que je reste passionné par leur mode de vie, et 17 ans plus tard, je ressens toujours la même excitation à l’aube d’un voyage dans les steppes ou à l’idée de rentrer dans une yourte. Aujourd’hui, même si je suis désormais amené à passer de longues périodes à l’extérieur du pays, je peux affirmer que c’est là-bas que se trouve ma maison.

Sylvain Recouras et son épouse

Sylvain Recouras et son épouse

Qu’est-ce qui vous a poussé à développer une entreprise touristique ? Quelle est l’histoire de la création de l’agence Horseback Mongolia?

Pour être honnête, c’est d’abord l’envie de vivre en Mongolie qui m’a forcé à réfléchir à l’activité que je pourrai y exercer, et l’activité d’agence de tourisme s’est imposé naturellement. J’étais jeune et l’idée d’allier mon amour du voyage et de la Mongolie à mon travail était séduisante

En février 2006, j’arrive à Oulan Bator avec mon sac à dos et je commence à structurer une agence : définition des premiers itinéraires, création d’un site internet, recrutement des guides, des chauffeurs, rencontre avec les premières familles d’accueil. Quand j’y repense nous avons abattu en quelques mois un travail faramineux. Quatre mois plus tard, nous avons accueilli nos premiers clients et avons organisé cet été-là le séjour d’une centaine de personnes, beaucoup ayant été recruté directement sur les quais de la gare d’Oulan Bator (rire).

Ulaanbaatar - gandan monastere

Le monastère de Gandan, Ulaanbaatar

Viendra par la suite la structuration de l’agence, la découverte de l’ensemble du pays via des circuits de repérages épiques, avec les moyens du bord, et des nuits sous de petites tentes Décathlon par -30 C ! Bref, c’était une grande aventure humaine avec l’esprit mongol de la débrouille.

Aujourd’hui, 15% des français qui découvrent la destination chaque année ont décidé de nous faire confiance, et nous sommes fiers de contribuer  – à notre modeste échelle –  à la découverte du peuple mongol.

Notre plus belle récompense ? Quand les voyageurs reviennent de leur circuit les larmes aux yeux parce qu’ils ont pu, en quelques semaines, toucher du doigt ce qui fait l’essence de l’âme mongole. Et qu’ils nous disent avoir vécu le plus beau voyage de leur vie…

On ne vient pas en Mongolie pour voir des paysages grandioses (même si la nature mongole est très belle) ou visiter de grands monuments. Mais pour vivre ce qu’il y a d’essentiel dans le voyage : la rencontre et la découverte de l’autre, avec des échanges humains forts.

yourtes en mongolie

Les yourtes qui attendent les voyageurs

Avez-vous pris des engagements dans le sens d’un tourisme durable ?

Vaste sujet ! Nous sommes sur le terrain au quotidien et en contact étroit avec les richesses culturelles et naturelles de la Mongolie. Nous savons que ce patrimoine est fragile, et que c’est notre responsabilité en tant qu’acteur de l’industrie du tourisme de le défendre.

Au fil des ans nos actions ont été nombreuses et se sont naturellement imposées à nous. C’était une évidence. Tout d’abord, nous avons rapidement été convaincus que pour découvrir la Mongolie, il fallait expérimenter le mode de vie nomade, et donc loger chez l’habitant. Nous avons donc développé le plus grand réseau de familles d’accueil du pays, avec plus d’une centaine de familles. Elles sont équipées pour recevoir les voyageurs dans de bonnes conditions (yourtes, lits, matelas) et formées à l’accueil, notamment sur les mesures de sécurité et d’hygiène. Nous avons fondé localement des coopératives afin que les familles de la même région puissent mener des projets de développement local (puits, réserve de foin, etc…).

Nous travaillons également avec plusieurs associations comme la Coopérative des éleveurs de yaks de l’Arkhangai avec laquelle nous menons des projets de développement d’éco- tourisme. Ou encore l’association Educate avec laquelle nous avons construit des écoles maternelles sous yourte, et créé des circuits permettant aux voyageurs de participer à la construction de ces écoles et d’assister à leur inauguration.

Dernièrement, nous avons mené un grand programme de sensibilisation à l’utilisation de bouteille d’eau en plastique et avons trouvé des solutions pour diminuer de plus de moitié notre consommation de plastique tout en assurant l’approvisionnement en eau potable à nos clients.

nomade en mongolie

Vie nomade dans les steppes

Quelles sont les conséquences de la pandémie du Covid 19 dans le pays ?

Comme partout je pense… les conséquences sont désastreuses. 

La Mongolie s’est auto-confinée très tôt en fermant les écoles et les restaurants dès la fin du mois de janvier. Cela a été également le premier pays à fermer ses frontières avec la Chine, puis à interdire tous les vols à destination de son territoire. Le bilan sanitaire est excellent, puisque le pays est cité comme un exemple de gestion de la crise sanitaire. Il n’y a pas eu d’épidémie sur place, uniquement des personnes rapatriées sur des vols sanitaires et mis en quarantaine à leur arrivée, et le bilan aujourd’hui est toujours de 0 décès.

Économiquement par contre le pays est très dépendant de ses exportations de minéraux et du tourisme. Ces 2 activités souffrent fortement de la crise : la Chine a grandement diminué ses importations, et la saison touristique 2020 risquent d’être totalement vierge (la bonne saison pour découvrir la Mongolie s’étend de Mai à Septembre)

Sur place, l’activité économique s’est également arrêtée de longs mois laissant les gens sans revenu. Ici, pas de chômage partiel et très peu d’aide de la part d’un gouvernement qui ne détient que peu de devises. 

Les rentrées s’arrêtent, les créances restent, vous connaissez le refrain…

Les grands espaces mongols font rêver les voyageurs. Quels conseils pourriez-vous leur dispenser pour parcourir ce pays ?

Mon conseil est : “La Mongolie n’est pas une destination à faire, mais une destination à vivre” et il est essentiel de comprendre cela avant d’entreprendre la visite du territoire.

Il faut également avoir conscience que le pays est très vaste. Les infrastructures routières sont peu, voire pas développées :  la plupart des déplacements se font sur de la piste où l’on dépasse que très difficilement les 30 Km / heure.

Ayant dit cela, vous comprendrez que mon conseil est ne pas essayer de « tout faire », ou « tout voir ». La Mongolie se vit dans chaque recoin de steppes en vivant des moments forts avec les habitants et les équipes encadrantes. Prenez le temps, restez 2, 3, 4 nuits au même endroit, c’est ainsi que vous apprécierez la Mongolie. Et non pas en passant (beaucoup) trop de temps dans les transports pour faire une visite supplémentaire.

Laissez-vous porter par le moment, par l’imprévu. À Horseback Mongolia, nous sommes flexibles dans l’organisation de votre séjour, soyez-le également. Les Mongols ne savent pas bien prévoir et anticiper, par contre ils savent apprécier le moment tel qu’il se présente à eux.

chevaux Mongolie

Les chevaux mongoles

vie nomade - mongolie

La vie nomade

Vous êtes aussi à l’origine du réseau Nomadays. Pourriez-vous nous en parler et nous expliquer ses atouts pour le voyageur ?

 Effectivement, partant du principe que “seul on va vite, mais à plusieurs on va loin”, nous travaillons depuis 2013 sur un logiciel de gestion adapté aux problématiques des agences réceptives autour duquel s’articule un collectif d’agences locales éparpillées aux quatre coins du monde. Ces agences, les réels experts et garants du succès des voyages, ne sont pas suffisamment mises en lumière et ne disposent pas de tous les outils nécessaires pour se faire connaitre.

Le réseau Nomadays a été créé pour collectiviser la gestion de la communication des agences membres et faire leur promotion en France en mettant en avant leur marque et leur savoir-faire. 

Nomadays a un statut d’agence de voyage, ce qui permet au voyageur à la fois de traiter directement avec un conseiller local et de contractualiser son voyage avec l’agence française tout en bénéficiant de ses garanties.

C’est un système assez révolutionnaire, que cela soit pour les voyageurs ou les agences locales.

Pour les voyageurs, nous offrons ainsi le meilleur des deux mondes : l’expertise d’un agent local, des tarifs en direct et la souscription du voyage auprès d’une agence française. Tout en sachant que les grosses plateformes d’intermédiation font, elles, de l’encaissement au nom de l’agence locale et ne s’impliquent donc pas légalement dans la bonne tenue du séjour.

Pour les agences locales, leur marque est mise en avant et elles bénéficient en France de toute une infrastructure leur permettant de mieux communiquer, mais aussi de mieux vendre. Nous mettons également à leur disposition des outils technologiques leur permettant de travailler de manière plus efficace au quotidien et d’offrir à leurs clients des services qui étaient jusqu’alors difficiles à mettre en place.