Port de Byblos

Rencontre avec Dior, fondatrice de Néosafar

Dior est née et a grandi au Liban ; elle nous raconte comment après des études en France et plusieurs années à courir différents continents, elle fait le choix de rentrer chez elle pour développer une agence de voyage locale, engagée dès le début dans un démarche durable et solidaire.

Note : Dior avait été interviewée avant la catastrophe de Beyrouth du 4 août dernier, et le dernier paragraphe a été ajouté pour permettre à Dior d’exprimer son soutien au Liban, et de vous présenter l’aide qu’elle souhaite apporter à son pays. 

Pouvez-vous vous présenter ?

Moi, c’est Dior, j’ai 33 ans, je suis née au Liban, où j’ai passé mes 20 premières années, je suis arrivée en France en 2007 pour faire mes études supérieures. En mai 2010, diplôme d’ingénieur agroalimentaire en poche, j’ai commencé à travailler dans le développement de marché pour l’Amérique latine et l’Océanie en y voyageant beaucoup pendant 7 ans. J’ai découvert beaucoup de coins cachés, privilèges des locaux ; et plus je m’éloignais, plus l’appel de mon pays natal devenait plus fort.

Dior - fondatrice de Neosafar

Dior – fondatrice de Neosafar

Quelle est votre histoire avec le Liban ?

C’est mon pays natal, j’y ai vécu toute ma vie jusqu’à mes 20 ans, je suis une vraie Libanaise dans la pratique comme dans l’âme ! Mon histoire avec ce pays est une histoire d’amour passionnelle, à un tel point que j’ai décidé d’en faire mon métier!

Le défi est double : d’un côté l’aspect patriotique qui, à travers le choix du Liban, me permet de me rapprocher de mon pays natal et de le servir. D’un autre côté, il y a tellement de potentiel dans ce pays dont l’image a été injustement ternie par les récents conflits, alors que son histoire date de plus de 5000 ans, et est fascinante ! je tenais à le remettre sur la carte des destinations à visiter, comme il se doit !

Qu’est-ce qui vous a poussé à développer une entreprise touristique ?

J’ai toujours été passionnée de voyages, et j’ai sillonné beaucoup de pays durant mes années de travail dans l’agroalimentaire. À chaque voyage, je me rendais compte que les expériences inoubliables, hors des sentiers battus que je vivais, était grâce aux locaux et leurs contacts … et c’est là où je me suis donné l’objectif de faire la même chose pour le Liban, donc l’agence de voyages était le biais le plus logique, mais locale !

Pour moi, le vrai voyage est celui duquel nous revenons changés parce que nous y allons en tant que vrais voyageurs et pas juste touristes. L’après-voyage est ainsi enrichi par l’histoire, la culture des endroits visités, et surtout les moments d’échanges  avec les locaux sur place !

Port de Byblos

Port de Byblos

Avez-vous pris des engagements dans le sens d’un tourisme durable ?

Oui, j’en ai même fait une charte de fonctionnement partagée avec tous mes voyageurs :

Avec Neosafar, nous voyageons solidaire, au plus proche des populations locales.

  • Nous croyons que les voyages nous permettent de nous dépayser, mais surtout de comprendre et échanger,
  • nous faisons le plus d’impact positif sur les locaux et le moindre impact possible sur l’environnement,
  • nous choisissons des partenaires locaux éthiques, de petite taille et avec une passion de faire découvrir leur pays,
  • nous versons la majorité des bénéfices à ces partenaires locaux et aux populations d’accueil (maisons d’hôtes, guides accompagnateurs, tables d’hôtes, hébergeurs, artisans),
  • nous encourageons nos voyageurs responsables à se renseigner sur les mœurs et habitudes du pays d’accueil afin que leur expérience soit dans le respect et l’immersion.

De plus, durant les séjours de mes voyageurs, nous leur fournissons de l’eau potable gratuitement depuis de gros bidons à condition qu’ils aient des gourdes réutilisables. En aucun cas, nous n’achetons des bouteilles d’eau en plastique dans un pays où le recyclage et la gestion des déchets sont problématiques.

Arz el Rab

Arz el-Rab

Qu’attendez-vous de l’édition digitale du DirecTravel ?

Une vitrine me permettant de recruter de nouveaux voyageurs intéressés par des séjours atypiques, aventuriers, culturels, ou juste sur mesure au Liban.

Entre la crise du Covid et la crise financière par laquelle passe le pays, il est très compliqué au voyageur français (ou autre d’ailleurs), de replanifier des vacances dans un autre pays. Le but de cette édition est de redonner envie au voyageur d’explorer des contrées inconnues, mais pas si lointaines que ça comme le Liban!

Que pourriez-vous présenter sur le DirecTravel virtuel pour donner aux voyageurs l’envie de repartir ? (Vidéo, images, conférences ….)

Conférence sur les mythes et réalités sur le Liban, vidéos du Lebanon Mountain trail (le plus grand chemin de randonnée au Liban), des spotlights sur des villages et endroits inconnus qui sont au Liban, mais qu’un voyageur pourrait confondre avec un autre pays, des miniprésentations du pays par thématique de voyage, une session Q&A pour répondre aux peurs et doutes, un guide de « ce qu’il faut savoir avant d’aller au Liban »…

Quels sont les atouts du Liban pour un voyageur ?

Il en a plusieurs, je dirai surtout :

  • Sa petite superficie, 10 452 km2, qui permet de le sillonner en peu de temps tout en changeant très vite d’ambiance, de paysages et températures.
  • On y parle plusieurs langues donc facile de se débrouiller en Anglais et Français.
  • La gastronomie libanaise est incomparable et on ne finit jamais de découvrir ses spécialités locales ; les voyageurs mettent cet atout parmi le top 3.
  • Les Libanais sont très connus pour leur hospitalité et la qualité de leur accueil et leur chaleur humaine, c’est le 1er critère cité par les voyageurs.
Gemmayzé, Beyrouth

Gemmayzé, Beyrouth

Quels conseils pourriez-vous dispenser aux voyageurs pour parcourir le Liban ?

De faire confiance aux locaux, comme Neosafar et nos partenaires pour tracer leur séjour en toute sécurité, avec les expériences les plus authentiques.

Aussi de se renseigner sur les pratiques, les mœurs et habitudes locales. Nous avons créé un guide de ce qu’il faut savoir avant d’y aller. Nous organisons aussi des sessions avec nos voyageurs  durant lesquelles nous échangeons sur leurs perceptions et idées reçues sur le Liban, et répondons à leurs questions pour les préparer au mieux avant leur séjour.

Y a-t-il une saison plus propice à la découverte du Liban ?

Plutôt entre avril et juin ou septembre-octobre. Le reste de l’année, il y a beaucoup de Libanais de la diaspora qui reviennent au Liban pour les grandes vacances (été, Noël), ou il fait assez froid (comme janvier à Mars).

Plage de Batroun

Plage de Batroun

Si vous ne deviez citer qu’un endroit ou un événement à ne pas manquer, quel serait-il ?

Je ne peux pas en citer un seul uniquement, impossible, le pays a beaucoup à montrer, goûter, explorer et sentir, et il y en a pour tous les goûts!

 

Suite à l’explosion à Beyrouth, survenue mardi 4 août, terrible catastrophe humaine et matérielle, quel soutien pouvez-vous apporter au Liban ? Comment peut-on vous aider ?

Le Liban fait la une des journaux, le premier sujet de discussion depuis quelques jours, même le président Emmanuel Macron s’est rendu à Beyrouth…j’aurais bien voulu que ça soit pour un évènement glorieux, une reconnaissance pour le pays ou tout autre raison honorifique, mais non… Beyrouth est, encore une fois, détruite.

Cette fois-ci, la destruction est venue comme un coup de massue, une triple peine pour achever le peu d’espoir d’un Libanais dans un pays qui peine entre crise sanitaire du Covid-19 et crise économique sans précédent.

Alors entre choc suite à cette explosion en plein cœur de Beyrouth, rage contre le gouvernement et peur d’un lendemain qui s’assombrit et désespoir face aux besoins de base insatisfaits, mes compatriotes ont besoin de vos prières et votre soutien :

http://www.leetchi.com/fr/c/lXJOzNo5

Vous trouverez ici une cagnotte que j’ai mise en place pour récolter des fonds. Je suis en train d’identifier beaucoup de familles dans Beyrouth ayant besoin d’aide pour réparer leurs maisons, leurs magasins, leurs voitures, racheter des meubles, de l’électroménager ou autre pour survivre et repartir à zero.

Nous allons leur envoyer l’argent directement au lieu de l’envoyer via une ONG, notre impact ne sera que mieux ciblé et plus grand

Merci à tous du fond du cœur, et rassurez-vous, cet incident n’enlève rien à la beauté de ce pays, de son peuple, ses traditions et sa magie !